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La DHEA, pillule anti-âge
L'Express du
24/07/2003
La DHEA contre l'hypertension
par Jean-Marc Biais
Cette hormone
pourrait soigner l'excès de tension des artères pulmonaires. Des chercheurs
bordelais viennent d'en faire la preuve sur un modèle animal. Reste à
confirmer chez l'homme.
Est-ce l'effet de la DHEA? A 76 ans passés, le Pr
Etienne-Emile Baulieu n'a rien perdu ni de sa fougue ni de sa curiosité.
Dans son bureau de l'Académie des sciences, quai Conti (Paris VIe), le
célèbre endocrinologue, qui avoue prendre chaque jour 25 mg de
déhydroépiandrostérone (le nom savant de cette substance), brandit l'étude
de deux jeunes chercheurs bordelais, Sébastien Bonnet et Eric
Dumas-de-la-Roque. Elle sera bientôt publiée dans les prestigieux
Proceedings of the National Academy of Sciences (comptes rendus de
l'Académie des sciences américaine).
«Jamais je n'ai vu un article scientifique accepté aussi rapidement par un
comité de lecture, précise-t-il, émerveillé. Ces travaux ouvrent une piste
extraordinaire. Ils révèlent une propriété de la prastérone (autre
appellation de DHEA) qui pourrait permettre de traiter l'hypertension
artérielle pulmonaire.» Certes, les expériences n'ont été menées jusqu'à
présent que sur des rats. Mais des essais cliniques vont être conduits chez
l'homme au centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Cette découverte
relance l'intérêt pour une molécule, naguère présentée comme la «fontaine de
jouvence», la «pilule miracle», capable de réparer les outrages des ans,
mais très décriée ces deux dernières années.
Sébastien Bonnet et Eric Dumas-de-la-Roque, du laboratoire de physiologie de
l'université Bordeaux II, ont choisi d'évaluer les effets de la DHEA sur
l'hypertension artérielle pulmonaire, une pathologie très répandue chez les
gros fumeurs. Le rétrécissement des bronches provoque des difficultés
respiratoires qui, à leur tour, peuvent entraîner une augmentation excessive
de la pression artérielle. Cette complication touche 50 000 Français. Le
risque est mortel.
Dans leurs expériences, les chercheurs bordelais ont reproduit le processus
en faisant respirer à des rats de l'air pauvre en oxygène. Les animaux qui
avaient reçu une dose de DHEA ne développaient pas d'hypertension. Ceux qui
avaient été exposés sans précaution étaient en partie guéris après injection
de cette substance. Comment agit-elle? Réponse de Sébastien Bonnet et Eric
Dumas-de-la-Roque: la DHEA module certains canaux ioniques, ces minuscules
interrupteurs qui contrôlent les signaux électriques dans le corps.
Quantitativement, c'est l'hormone la plus importante du corps humain
Pour Michel
Lazdunski, directeur de l'Institut de pharmacologie moléculaire et
cellulaire du CNRS (Nice-Sophia-Antipolis), cette découverte offre de
nouvelles perspectives non seulement pour soigner l'hypertension artérielle
pulmonaire, mais aussi pour comprendre le mode d'action de la DHEA. «Nous
savions déjà que cette molécule pouvait ouvrir des canaux ioniques,
explique-t-il. Pour la première fois, des travaux montrent qu'elle
intervient dans une pathologie précise. Comme les canaux ioniques sont
impliqués dans une multitude de fonctions de l'organisme, il n'est pas
impossible que la DHEA agisse ainsi sur une grande variété de cellules, pas
seulement cardio-vasculaires, mais aussi nerveuses ou musculaires.» Reste à
en apporter la preuve scientifique!
L'histoire de la prastérone est ancienne. Mais les chercheurs sont encore
loin d'avoir percé tous ses mystères. Cette hormone naturelle a été
découverte en 1934 par un Allemand, le Dr Adolf Butenandt. Quantitativement,
c'est l'hormone la plus importante du corps humain. Dans le sang, elle est
surtout présente sous sa forme sulfatée (DHEA-S). On doit au Pr
Etienne-Emile Baulieu d'avoir montré, en 1960, que la molécule était
sécrétée par les glandes surrénales (petits organes situés au-dessus de
chaque rein). Autre certitude: le taux de DHEA est un marqueur biologique de
l'âge. Jusqu'à 7-8 ans, les enfants n'en ont pratiquement pas. La
concentration atteint un pic entre 25 et 30 ans et décline progressivement.
A 80 ans, elle ne représente plus que de 10 à 20% de son niveau maximal. La
présence de prastérone est plus forte chez l'homme que chez la femme.
«Les bienfaits
d'une prise de DHEA ne sont pas toujours
quantifiables objectivement»
Y a-t-il un
intérêt thérapeutique à compenser ce déficit croissant par l'ingestion de
gélules de DHEA synthétique? A ce jour, une seule grande étude - baptisée
DHEAge - a été réalisée sur le sujet en France. Menée par le Pr Françoise Forette, gérontologue, et le Pr Etienne-Emile Baulieu, elle incluait une
population de 280 volontaires, âgés de 60 à 79 ans. Une dose quotidienne de
50 mg leur a été donnée pendant un an. Conclusion de ces travaux, publiés en
avril 2000: les bénéficiaires du traitement sont les femmes, notamment
celles qui dépassent 70 ans. La DHEA améliore leur métabolisme osseux, la
qualité de leur peau et leur libido. Les effets sur l'organisme apparaissent
limités. Faut-il pour autant «déconseiller la prescription de la DHEA dans
le cadre de la lutte contre les effets du vieillissement», comme l'écrivait,
en août 2001, le directeur de l'Agence française de la sécurité sanitaire
des produits de santé (Afssaps)? Certainement pas. Les 50 000 Français qui,
actuellement, prennent régulièrement cette substance n'ont rien à craindre.
L'étude DHEAge a le mérite de montrer que cette molécule n'est pas
dangereuse. Il n'y a eu ni accident ni accumulation excessive d'hormones.
Ces travaux révèlent, par ailleurs, les difficultés à évaluer une substance
qui agit en de très nombreux points de l'organisme. «Les bienfaits d'une
prise de DHEA ne sont pas toujours quantifiables objectivement, observe le
Dr Christophe de Jaeger, médecin en gériatrie, auteur des Techniques de lutte
contre le vieillissement (PUF) et de La DHEA, mythes et réalités (Albin
Michel). Nos patients ressentent une amélioration générale et une multitude
de petits effets positifs. Certains ne font plus de bronchite, d'autres ne
connaissent plus de problèmes d'articulations.» ...
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